Flèche Paris - Brest

 
     
  par François Tartarin de l'Union Cyclotouriste de Touraine  
     
  Réalisé du 29 mai au 1 juin 2009  
     
 

Voici l’histoire d’une randonnée de quelque 650 kilomètres entre Paris et Brest, une des vingt Flèches proposées par l’Audax-Club parisien (ACP). Officiellement, elle compte en formule touristique 623 kilomètres. Ce sera dans les faits un peu plus, notamment parce qu’en région parisienne, les aménagements routiers ont sensiblement modifié l’itinéraire décrit par l’ACP, qui ne date pourtant que de 2000 !

 

 

Mais qu’à cela ne tienne. L’équipe est faite de trois vieux briscards, fléchards « blanchis sous le harnois » : Christian Videau (Chinon) en capitaine de route, Jacky Ferrand (Montargis) et Pascal Augouvernaire (Bonneuil-Matours). Ils ont pris le risque d’inviter un néophyte, votre serviteur, jusqu’alors épargné par la fièvre des Flèches… Au volant, pour l’aller-retour, et à l’intendance lors d’un mémorable pique-nique final, Francis Brionnaud.

 

 

 

 

 

1er jour, vendredi 29 mai, Paris - Mortagne (175 km).

 

 

 

 

Paris, porte Molitor. En pleine quinzaine des Internationaux de tennis, il y a la queue aux portes de Roland-Garros. C’est là que nous enfourchons les vélos. La matinée est largement entamée, après un Tours-Paris en voiture. Il faut d’abord trouver notre chemin dans Saint-Cloud. Nous nous croyons libérés de la ville, un instant, quand nous traversons le parc, domaine national, qui offre de vastes points de vue sur la capitale, en contrebas, sur notre gauche.

 

 

 

 

   

 

 

 

A Versailles, ça va encore. Halte devant la stèle rappelant que le mercredi 9 septembre 1891, à 5 h 43, Charles Terront, futur vainqueur de la première course Paris-Brest-Paris, a observé là sa dernière halte avant l’arrivée. C’est doublement historique : c’est là aussi que Christian a fait le dernier arrêt de son Paris-Brest-Paris. On dira que c’était il y a quelques années de cela, dans un autre siècle. La stèle, en tout cas, omet cette mention.

 

 

Nous prenons le temps d’une photo sur l’esplanade du château de Versailles, emmailloté de quelques échafaudages. La suite est plus compliquée. Ainsi dans la ville nouvelle d’Elancourt, dont nous ne parvenons plus à sortir. La récompense vient après, vers Montfort-l’Amaury et la forêt de Rambouillet.

 

 

 

 

Dans l’après-midi, jugeons-nous que les routes du Perche manquent de relief ? A Longny, cartes de routes visées, nous voici sur la route de Mortagne. Jolie bosse à la sortie. En haut (soit pas loin de 2 km plus loin), il faut bien convenir que nous avons pris la route pour gens motorisés, plus longue d’une demi-douzaine de kilomètres. Nous redescendons, empruntons alors la route… que des jeunes (mais on ne se méfie jamais assez des jeunes !) avaient conseillée à Jacky. Elle monte elle aussi, mais plus noblement, ornée de deux chevrons. Parcours mouvementé jusqu’à Mortagne, halte sans histoire à l’hôtel, qui nous laissera surtout le souvenir, au matin, d’un petit déjeuner très léger et très coûteux (9 euros). Le patron, souriant la veille, est sinistre ce matin. On devine que les temps sont durs, dans l’hôtellerie-restauration. Vivement la baisse de la TVA…

 

 

 

 

 

2e jour, samedi 30 mai, Mortagne - Vendel (173 km).

 

 

 

 

On commence avec le Perche, puis on enchaîne avec les Alpes Mancelles. En fait, on en voit essentiellement les contreforts, comme à La Fresnaye-sur-Chédouet, qui abrite au pied de la forêt de Perseigne un musée du vélo qui n’a pas encore ouvert à l’heure de notre passage matinal.
 
 

Alençon contournée par le sud, il faut quelques coups de pédale alpestres pour atteindre Saint-Cénéri-le-Gerei, paradis des peintres. La commune accueille les artistes ce samedi de veille de Pentecôte. Elle attend des milliers de visiteurs. On ne traverse qu’à vélo. Photo de rigueur au creux de la vallée encaissée où coule la Sarthe, au pied du clocher.

 
 

 

 

Au cœur de la campagne, nous filons vers l’ouest en évitant bon nombre de localités qui servent de points de repère à «  ceux de Paris-Brest » (l’autre), comme Pré-en-Pail ou Villaines-la-Juhel. Nous faisons halte à Lassay-les-Châteaux (BPF oblige), Ambrière, Gorron et Fougères. Là, au café, Christian lie connaissance avec un autochtone qui se rafraîchit au vin rouge depuis des heures déjà, et entreprend de lui expliquer la route à suivre pour gagner Vendel, notre étape en pleine campagne.

 

 

C’est une belle auberge dans un bourg à l’écart de la circulation, qui accueille un repas de famille, trente ou quarante convives qui célèbrent les 80 ans d’un ancien. Le jeune couple d’aubergistes est au four, au moulin. Il offre un sourire garanti contre vents et marées, y compris lorsque la «  patronne » accepte de nous servir le petit déjeuner vers 7 h 15, tirant un trait sur la relative grasse matinée qu’elle pouvait espérer. Elle ne cache pas qu’avec des clients comme nous, elle se doutait bien un peu…

 

 

 

 

 

3e jour, dimanche 31 mai, Vendel - Callac (194 km).

 

 

 

 

Dimanche de Pentecôte au cœur de la Bretagne Il faut monter un peu pour atteindre Bécherel. On longe ensuite le parc du château de Caradeuc, le «  Versailles breton ».  Nous avons le temps d’admirer plus loin le bel ensemble du château de Couëlan. Quelques hectomètres plus loin, à Caulnes, le frère de Jacky et son épouse nous organisent un sympathique comité d’accueil, au café, qui nous permet d’avaler le sandwich salvateur.

 
 

 

 

 

La route de l’après-midi nous fait passer non loin de la fameuse abbaye de Boquen, une vingtaine de kilomètres au sud de Lamballe. Nos objectifs se nomment successivement Moncontour, Ploeuc-sur-Lié puis Corlay. Compliqué, Corlay, un après-midi de Pentecôte : nous tentons en vain, sur le coup de 17 h, d’y dénicher un tampon. Peine perdue, il faudra se contenter d’une photo.

 

 

Des départementales étroites, sinueuses et mouvementées, nous conduisent à Callac, où nous faisons étape à… l’Auberge basque. Le patron et la patronne (lui Basque, elle Andalouse) en terminent avec un repas de communion, un brin débordés, mais ils font face à nos demandes avec le sourire. L’étape de Callac nous préparera comme il faut à la dernière ligne droite.

 

 

 

 

 

 

4e jour, lundi 1er juin  Callac - Brest pour le dessert, avec Le Conquet en pousse-café (135 km).

 

 

 

 

Ca monte et ça descend, sans cesse. Mais l’émerveillement est toujours renouvelé à la vue des architectures de granit, les plus simples comme les plus cossues. Nous faisons halte dans l’enclos paroissial de Lampaul-Guimiliau, puis contrôlons à Landivisiau, «  Landi » pour les autochtones.

 

 

 

 

A Landerneau, après avoir longé les rives de l’Elorn sur une route enfin horizontale, notre béatitude est interrompue sur la route de La Forest-Landerneau, ornée d’une côte respectable. Au Relecq-Kerhuon, nous voici face à la rade de Brest avec le pont Albert-Louppe et son alter ego contemporain, le pont  de l’Iroise, en arrière-plan.

 
 

 
   

 

Nous pique-niquons en bord de plage. Francis a mis les petits plats dans les grands, prévu la provision de bière et le pique-nique alléchant . Une fête. Ne reste plus qu’à pointer, au moment du café, à la terrasse d’un bistrot voisin qui témoigne que la campagne des européennes bat son plein, avec quelques affiches du MoDem en façade. On dirait d’ailleurs qu’il y a un déjeuner de ces jeunes gens, sans doute un repas militant, peut-être avec la tête de liste de la région. En fait de tête de liste, c’est François Bayrou qui fait son apparition avec sa double escorte de militants et de journalistes ! Il sacrifie à l’interview sur la terrasse, tandis qu’à deux pas nous avalons notre café !

 

 

Il ne reste qu’une formalité : pointer au Conquet, BPF tout proche grâce auquel nous allons écarquiller nos yeux en chemin, face à la mer. Nous prolongeons ainsi l’arrêt à la pointe de Saint-Mathieu. La lumière est belle, la visibilité exceptionnelle, voilà une magnifique cerise sur la flèche.

 

 

 
     
 

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