Thonon - Trieste en 1989

 
     
 

Mardi 4 juillet    9e jour, Tomlmezzo - Trieste, 139 km (total : 1 080 km)

 
     
 

Bonjour la pluie, pour le quatrième matin consécutif. Il ne tombe plus des cordes, mais des câbles. L'imper de plastique résiste. Les autres modèles, au bout d'un quart d'heure, ont une valeur surtout symbolique. Départ sur le coup de 8 h 25, mais c'est pour chercher notre route sous le déluge : cinq bons kilomètres de détours, alors que le ciel en rajoute. Même au cinéma pour filmer les malheurs de Noé, on n'oserait pas faire dégringoler autant d'eau, de peur de paraître en faire trop!

 
 

C'est dans ces conditions que nous allons passer la matinée à hésiter sur la route à suivre, du côté de Gemona, Tarcento ou Nimis. L'humeur n'est pas aux bavardages, ni à la contemplation du paysages

 
 

Ce que nous avons de réserves est bien entamé à Udine, où nous faisons halte sur le coup de 11 h. Il reste plus de la moitié de l'étape à couvrir. Francis rêve de dévaliser, une fois encore, un magasin d'alimentation. Nous faisons halte dans un de ces bistrots pleins de vie, où les consommateurs commentent vivement les nouvelles des dernières hésitations de Maradona, telles que les conte la Gazzetta dello Sport. Nous trouvons notre ration de miraculeux petits sandwiches italiens. Certes, il en faut trois pour faire un sandwich français bâti dans un solide "pain de deux". Mais il y a ici une variété des préparations qui confine â l'art et donne à croire qu'en Italie la gastronomie commence déjà là.

 
 

Jacky s'en va pointer nos cartes de route dans une pâtisserie. Il en ressort avec le patron... et une brioche énorme, cadeau de la maison. Un régal. Derniers coups d'œil à Udine, ville d'architecture de qualité, où il fait bon flâner. C'est vraiment notre retour à la civilisation.

 
 

Après Gorizia, la route longe la frontière yougoslave. Nous retrouvons l'eau du ciel. Mais sous forme d'averses. C'est un progrès.

 

 
 

Il y a un peu plus loin des rayons de soleil pour nous faire découvrir ce paysage caractéristique, où les routes sont gardées par les cyprès droits comme des "i".

 
 

A 26 km du but, Jacky est pris dans les mailles d'un piège infâme. Le théâtre de ce traquenard est la Sella Iamiano, altitude 87 m, dernier "col", si on veut bien lui accorder ce nom, de notre Thonon-Trieste; rien de plus qu'une bosse d'un gros kilomètre. Jacky, il faut le savoir, vit sur une réputation de grimpeur émérite. Il faut reconnaître que dans les huit journées écoulées, sans doute en raison d'une erreur de préparation, il n'a pas justifié son "aura" de Colombien du groupe. Dans la Sella Iaminano, il boit le calice jusqu'à la lie : nous sommes tous de connivence pour démarrer sous son nez, au sommet, et nous apitoyer aussitôt, à son sujet, sur les méfaits de l'âge...

 
 

Ultime émotion, grosse émotion, à Sistiana. Nous la devons à Francis et à une erreur de parcours qui nous conduit sur le port. Nous sommes trop pressé s de voir la mer. Dans la descente, Francis dérape sur le gravier glissant, à la sortie d'un virage en épingle à cheveux. Il se retrouve au sol. Plus de peur que de mal, mais il arbore à la cuisse droite un hématome de belles dimensions. Pascal, pour n'être pas en reste, se fend d'une dernière crevaison un quart d'heure après, à 10 km du but.

 
 

Le reste est parcouru sans histoire. Nous avons remisé les impers, abandonné les cuissards longs. Voici Trieste, sous le soleil.

 
 

 
 

C'est sans doute la preuve que Christian - inspirateur d'une diagonale que nous avons achevée, tous les cinq déjà, sous un déluge à Hendaye - que Christian, donc, n'est pour rien dans ces météos catastrophiques qui nous poursuivent.

 
 

Au même moment, chez nous, les vignerons de Bourgueil, Chinon et Champigny se préparaient à récolter l'une des vendanges du siècle. En pleine année de la sécheresse.

 
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